Fête de retrouvailles et de liesse populaire, l'Aid Al Adha, dans son édition 1427 de l'Hégire, sera célébré le dimanche 31 décembre par les Marocains.
Une heureuse coïncidence, certes, avec les fêtes de fin d'année mais est-ce cela le souci majeur des Marocains, particulièrement ceux pour qui cette fête sacrée suppose un douloureux sacrifice budgétaire ? D'emblée, un constat de taille s'impose : Flambée des cornes ou pas, les petites bourses souffriront irrémédiablement. Bonjour la galère! Le temps d'une tournée dans les principaux points de vente d'ovins à Casablanca comme ''Afriquia'', ''Lahjajma'', ''Ksiba'', ''Derb Ghalef'' ou encore à ''Bournazel'', le visiteur peut se rendre compte de visu que les quantifications statistiques du département de l'agriculture sont véritablement justes. En effet, l'offre dépasse de loin la demande mais les prix ne sont pas si attrayants que ça et même valsent selon les endroits et emplacements classiques ou improvisés de vente.
Les acheteurs potentiels tâtent l'épaisseur de la toison laineuse du mouton, estiment son poids et vérifient méticuleusement la dentition du sacré ovidé tout en faisant grand cas de la couleur de sa robe qui doit être de préférence blanche. Après ce minutieux diagnostic et au dernier moment, ils font une moue incrédule sous le choc des prix.
Hésitants, trébuchants et ne sachant plus où donner de la tête, ils préfèrent attendre et voir. Les pauvres ! Ils gardent de grandes espérances en de meilleurs lendemains tout en se disant qu'en fin de compte, tout le monde sera de la fête et peu importe si le mouton pèse une tonne ou quelques kilogrammes. L'essentiel, après tout, c'est l'instant du sacrifice et les moments de retrouvailles entre les membres de la famille autour d'une table sur laquelle trône en plat principal le ''méchoui'', un mets épicé très prisé par les Marocains.
Changement de décor : On se trouve dans les quartiers résidentiels de la métropole, là où certains vendeurs, flairant à raison bien sûr le filon, ont choisi ''d'élire domicile''.
Au quartier Maârif, par exemple, on peut les voir dans un local loué pour la circonstance, s'adonner à ce commerce fructifiant. Ils vendent au kilo (40 dirhams) et la livraison se fait généralement la veille de l'Aid, épargnant ainsi aux clients les tracasseries de transport et autres désagréments liés à l'hébergement et au bêlement incessant et angoissant du mouton dans un appartement.
Après ce bref état des lieux des marchés d'ovins, il est un constat : Les prix oscillent d'un lieu à un autre, d'une région à une autre du Royaume mais le problème demeure entier : Le citoyen marocain a-t-il vraiment un pouvoir d'achat conséquent à même de lui permettre de fêter dans l'aisance et la liesse cette fête sacrément coûteuse qui est l'Aid Al Adha ? Surtout lorsqu'on sait que bon nombre de ménages se voient acculés à contracter des prêts pour pouvoir acquérir le sacré mouton.
Mais il n'en demeure pas moins que l'Aïd reste une fête sacrée pour tous puisque l'essence même de cette fête est le sacrifice.
Rachid Sami (MAP)
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